Même pas peur...aucune honte...la toute puissance de l'argent...
Les super profits du CAC 40
En 2010, les profits des sociétés du CAC 40 ont doublé pour atteindre la somme faramineuse de 83 milliards d'euros, soit le double de l'année précédente. Et une bonne moitié de cette somme devrait tomber dans l’escarcelle des actionnaires.
Mieux, notre bien aimé Bernard Arnault, héros de notre vaillante industrie du luxe, s'est hissé à la quatrième place des grandes fortunes de la planète. Il occupe même le rang enviable de l'Européen le plus riche .
Autre incroyable scandale : au sein du CAC 40, les banques réalisent des profits spectaculaires : presque 8 milliards pour la BNP-Paribas, 4 petits milliards pour la Générale.
Or l'Etat, c'est-à-dire chacun d'entre nous, leur a sauvé la mise voici deux ans en garantissant leurs avoirs et en leur prêtant de l'argent à des taux ridiculement bas. On voit mieux rétrospectivement, l'arnaque sarkozyste lorsque, à la télévision, le Président est venu nous dire que les prêts de la France aux banques ne nous coûteraient rien.
En réalité, elles auraient pu rapporter bien davantage au pays si le gouvernement, au lieu de prêter, s'était introduit dans le capital des banques en danger.
Cette information-là, sur l'insolente prospérité de nos grandes entreprises, n'a pas fait la une de nos journaux. A-t-elle au moins fait l'objet de commentaires ou de déclarations de nos hommes et femmes politiques ?Ne sommes-nous pas à un an du scrutin présidentiel, en droit de débattre de ce contraste entre l'éclatante prospérité des actionnaires et la médiocre situation des salariés, des chômeurs et des jeunes ?
On observe que l'UMP ne communique pas sur les profits du CAC 40, mais nul ne s'en étonnera.
Jeudi 10 mars sur France Inter, Jean-Marc Ayrault, patron des députés PS, a lui dénoncé les « super profits du CAC 40 » et rappelé l’importance de « la question du partage du fruit de l’effort ». Il faut comprendre comment et, surtout,à quel prix pour les salariés, de tels profits sont possibles ?
Ce même jour, Michel Sapin, en sa qualité de secrétaire national à l’Economie du Parti socialiste est revenu sur les « dividendes records des groupes du CAC 40 » au travers d’un communiqué : « Il est temps de mettre un terme au divorce entre les superprofits de quelques-uns et le recul économique et social pour tous les autres, écrit-il.
Des solutions existent.
Les bénéfices réalisés par les grandes entreprises ne doivent pas uniquement servir à verser des dividendes. Ils doivent servir àfinancer l’investissement, à créer des emplois et à relancer la politique salariale.
Pour cela, le Parti socialiste propose de moduler le taux de l'impôt sur les sociétés selon que les bénéfices sont distribués sous forme de dividendes ou de rachats d'actions, ou servent à financer l’investissement, à créer des emplois ou à augmenter les salaires. »
Car si les dividendes des 40 du CAC sont si élevés, c’est notamment parce que ces entreprises-là ne paient que 8% d’impôts sur le bénéfice des sociétés quand lanorme se situe pourtant à hauteur de 33%.
33% c’est le taux d’imposition auquel sont assujettis les milliers de PME.
Il est urgent de réfléchir sur la nécessité d’une véritable « politique industrielle ».
Le PS dispose d'ailleurs d’un éventail de 54 propositions pour « refaire de la France une grande nation industrielle ».
Les profits du CAC devraient être l'occasion de poser trois questions :
- Celle de la fiscalité privilégiée de ces groupes. On l'a vu : plus leur centre de gravité se déplace hors de France, moins ils payent d'impôts même sur ce qu'ils déclarent en France, en fonction d'un chantage implicite scandaleux : si vous nous imposez trop, nous installons notre siège social ailleurs...
- Celle de la répartition des efforts pour le redressement des finances publiques ; puisque la situation des finances publiques est catastrophique, pourquoi ne pas instaurer une contribution exceptionnelle prélevée sur les dividendes et les plus-values mobilières ?
- Celle du traitement inacceptable que les grands groupes imposent aux PME qu'ils esclavagisent en les obligeant sans cesse àbaisser leurs prix sous la menace de faire appel à d'autres sous-traitants.
Pierre Rousseau