La dictature de l'actionnaire
Selon les dernières statistiques, les groupes du CAC 40 vont verser 40 millions d’euros de dividendes au titre de l’année 2010.
C’est 13% de plus qu’en 2009 et 8% de moins que la prévision 2011.
La somme versée en 2010 représente près de la moitié des bénéfices des entreprises concernées. Voilà qui donne une (petite) idée de la rente prélevée sur les richesses produites, par les actionnaires, les fonds de pension, les banques et tous les prédateurs qui se nourrissent des grands groupes comme les chasseurs se paient sur la bête.
Il s’agit là d’une forme de racket légal qui ne laisse d’interroger sur les discours des traditionnels professeurs de morale. Chaque jour, ces derniers nous expliquent qu’il faut en finir avec les « acquis sociaux » et que toute augmentation des salaires serait un crime contre
l’économie.
Au prétexte de protéger la « compétitivité » des entreprises, Jean-François Copé, patron de l’UMP, parti auquel appartient notre concurrent Claude Bertaud pour les cantonales de mars 2011, prône l’abandon de toute notion de durée légale du temps de travail, ce qui aurait pour conséquence de travailler plus pour gagner moins.
Toute voix alternative au néolibéralisme est suspectée de démagogie, de simplisme, d’archaïsme ou de populisme – l’insulte suprême. Bref, il faut du sang et des larmes pour tous, sauf pour un groupe social ultra-minoritaire, composé de l’élite de la finance, les actionnaires.
Ces gens-là sont des citoyens à part. Personne ne parle jamais d’eux. Ils ne font pas la une des journaux télévisés. Pourtant ils sont à l’économie nationale ce que les seigneurs étaient à l’Ancien Régime, quand la noblesse prélevait la taille, le cens ou le champart.
Aujourd’hui, la seule chose qui intéresse les seigneurs de la finance, c’est de passer à la caisse à dividende.
Bénéficiant de privilèges fiscaux hors normes, exonérés des cotisations sociales qui frappent le vulgus pecus, ils prélèvent leur dîme sur les entreprises, encourageant ainsi la désindustrialisation du pays.
En son temps, le ministre allemand de l’économie, le social-démocrate Helmut Schmidt s’était rendu célèbre en lançant la formule « Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain. »
Avec la dictature de l’actionnariat, les profits font la rente de demain et les chômeurs d’après-demain.
Il est temps que cela change. Les élections cantonales de mars 2011 doivent constituer le marchepied pour une société plus juste et plus égalitaire. C’est possible avec le vote à gauche en créant les conditions d’une nouvelle majorité au département.
Pierre Rousseau